Cancer du sein et sexualité.

cancer du sein et sexualité 50 ans d'age et plus

Ce n’est pas habituel, mais aujourd’hui, ce sont les résultats d’une enquête que j’aimerais partager sur le blog.

« Cancer du sein & Sexualité » : la 3ème grande enquête réalisée par Célia Charpentier et Isabelle Faure-Kandel, deux analystes psycho-organiques, qui portent haut la voix des femmes atteintes d’un cancer du sein et évoquent leurs nombreuses difficultés au quotidien.

Vous le savez pour ceux qui me suivent depuis un moment, j’ai été touchée par plusieurs cancers dont le dernier en date : un cancer du sein. Comme le révèlent Célia Charpentier et Isabelle Faure-Kandel dans leur enquête, les femmes ne sont pas préparées aux changements qui vont apparaitre dans leur vie après le cancer et spécifiquement à propos de leur sexualité.

Isabelle Faure-Kandel et Célia Charpentier sont analystes psycho organique à Paris. Elles ont toutes deux été touchées par le cancer du sein. Célia est en rémission et Isabelle a perdu son amie d’enfance. Aussi ont-elles décidé de travailler ensemble afin de faire entendre la voix des femmes atteintes d’un cancer et de rendre visible leurs difficultés, qu’elles soient personnelles, financières, professionnelles, sociales, sexuelles, médicales ou encore esthétiques.

Isabelle et Célia ont publié, sur le Point, en février 2021, leur enquête précédente « Cancer du sein & reprise du travail », en mettant en avant la complexité de la reprise du travail
après l’arrêt des traitements.

L’Objectif de ces enquêtes : Informer et sensibiliser les femmes sur les conséquences des traitements des cancer du sein.


Le cancer fait se poser des questions fondamentales : qu’est-ce qu’être une femme, qu’est-ce qu’être féminine ? Comment je me vis en tant que femme ; quelle est ma féminité ? Par quoi elle passe ? Comment est-ce que je la nourris ?
Cette enquête vise à oeuvrer pour la visibilité des femmes atteintes d’un cancer du sein. En leur donnant la parole, en leur permettant de s’exprimer de manière anonyme et de les questionner sur leur vécu intime face à la maladie, Celia et Isabelle se font le porte-voix des difficultés rencontrées au quotidien, aussi bien dans leurs parcours de soin que dans leurs vies privées et professionnelles.

Il faut dire que lorsque le cancer vous tombe dessus, les médecins et infirmières nous expliquent tout sur le traitement et ses conséquences, mais, pas forcément sur les conséquences psychologiques et sexuelles. Oui, il est vrai, j’ai entendu beaucoup dire autour de moi qu’après un cancer du sein, les hommes quittaient le couple.. pas tous, mais beaucoup. Mais, on dit rarement que la vie sexuelle de la femme touchée par ce cancer va être la plupart du temps transformée, et vous vous doutez bien que ce n’est pas dans le bon sens… Et c’est bien ce que cette enquête révèle.

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La méthode utilisée pour l’enquête « Cancer du sein & Sexualité »

Célia Charpentier et Isabelle Faure-Kandel commencent par interroger en ligne des femmes via des groupes dédiés sur Facebook (panels de 250 femmes environ) et mènent des enquêtes minutieuses. Elles complètent, recoupent, questionnent et enrichissent par des interviews des professionnels du secteur.

Ce que l’enquête révèle :

Des chiffres sur la satisfaction de la sexualité des femmes avant et après cancer

  • Les différents impacts des traitements sur le corps et la sexualité des femmes
  • La résilience des femmes
  • Le manque criant d’informations ou d’accès à l’information
  • L’expression des besoins profonds des femmes.

Selon cette enquête « Cancer du sein & Sexualité »3 : la sexualité est lourdement impactée par la maladie.

Sexualité avant/après cancer :

• Satisfaisante : 57% versus 15%
• Inexistante : 3% versus 41%
• Pour 46,6% des sondées, la sexualité n’a pas évolué ; elle ne s’est pas
transformée

Communication par le corps médical des impacts du cancer sur la sexualité

• 71% des sondées affirment n’avoir pas été prévenues du tout quant aux
impacts du cancer sur leur sexualité
• Sur les 29% restant : 13,8% ont reçu cette information de leur oncologue,
8,6% des infirmières, 5, 2% de leur gynécologue, 3,4% de leur chirurgien, et
1,7% de leur médecin traitant
• 78% d’entre elles confient qu’elles n’ont pas été suffisamment informées,
qu’elles ont reçu le minimum d’informations.

Les traitements lourds pour soigner le cancer ont des impacts majeurs sur la
sexualité des femmes.

• 55% souffrent de sécheresses vaginales
• 74% connaissent une baisse de libido
• 74% éprouvent une plus grande fatigue
• 20% souffrent de troubles anxio-dépressifs
• 65% ont une image de soi diminuée (perte de cheveux, mastectomie,
reconstruction…)
• 50% ressentent une baisse de l’estime de soi

Conséquence : baisse ou perte de l’estime de soi

• Le changement de la sexualité occasionné par le cancer favorise aussi la baisse de l’estime de soi.
• 65% des femmes disent avoir ressenti et vécue une image de soi diminuée.

Communication dans le couple

Pour 31% de l’échantillon, communiquer sur la sexualité dans le couple
s’est révélé compliqué.

Résilience des femmes :

56,8% des femmes disent avoir dû repenser leur sexualité : plus de tendresse, avoir besoin de massages, utilisation de lubrifiants, rester habillée pour se sentir moins gênées, augmenter les échanges dans le couple, développer la
sexualité orale, repenser les positions, explorer une nouvelle communication dans le couple…

Au terme de cette étude, il ressort que :

• La sexualité demeure un sujet tabou aussi bien avec le corps médical que dans le couple.
• Des difficultés de communication qui existaient dans le couple depuis longtemps et qui avaient été mises sous le tapis avant le cancer, peuvent prendre des proportions majeures une fois le cancer présent.
• Les malades sont confronté(e)s à des problématiques empathiques : il est difficile pour les partenaires de se mettre à la place de leurs conjoint(e)s et de ressentir le vécu de la maladie, les douleurs subies et la transformation corporelle.
• Le cancer fait souvent émerger des choses enfouies ou mises de côté (honte, pudeur, diversification de l’orientation sexuelle, désir de divorce ou de séparation…).

En ce qui me concerne, c’est clair que j’ai perdu mon statut de blonde à forte poitrine !! 😀 Il faut bien en rire.

cancer du sein avant j'avais deux seins

Ce que les auteurs souhaitent soutenir :

Il est primordial de mettre en place un vrai parcours sexualité pour les malades. À l’heure où le sujet de la sexualité semble être de moins en moins tabou pour les femmes, aussi bien dans leurs conversations que dans les médias, il est étonnant de constater que lorsque la maladie est là, cet aspect pourtant fondamental de l’équilibre est passé sous silence.
Les oncologues le disent: ils ne sont pas sexologues. Chacun son métier. Qu’à cela ne
tienne, pourquoi ne pas intégrer un(e) sexologue dans le service ?

Une information sur la sexualité est à intégrer dans le protocole de soins de façon systématique par le corps médical. L’absence d’information ajoute à l’angoisse des patientes. Expliquer ce qui se passe ou peut potentiellement se produire au cours des traitements serait une première piste pour ne pas les laisser dans le vide.
Le cancer est un accélérateur de prise de conscience (“j’ai réussi à mettre mon mari dehors” ; “j’ai changé de bord, enfin”) et un révélateur (“la sexualité ne devrait pas être taboue, en tout cas , je ne veux plus qu’elle le soit”). Dans le combat contre la maladie, le manque de communication peut éloigner des couples émotionnellement
et physiquement. Pour éviter de ne pas surréagir, avoir un espace d’expression intégré au parcours, en groupe ou seul(e) peut faciliter la traversée des épreuves.

Personnellement, chacun de mes cancers m’a poussée à changer de vie.

Une prochaine enquête est déjà prévue pour 2022. Cette enquête portera sur le cancer du sein triple négatif, qui sévit particulièrement chez les jeunes femmes : actuellement, 15% des cancers du sein sont dit « triple négatif » et se
soignent statistiquement moins bien que les autres types de cancers.

Cette phrase me rajeunit, au moins au niveau cancer j’ai eu celui des jeunes femmes 🙂 . Oui, il faut bien en rire (bis).

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